Archives Numériques: Monuments d’Oubli?

L’environnement numérique ne cesse de changer et même de nous surprendre: un accès plus rapide et plus distribué, entre le fixe et le mobile, une possibilité de stockage des données plus diversifiées et souvent gratuites, des outils qui invitent les utilisateurs à « publier » et à partager leur information, tout comme toutes les données collectionnées par les fournisseurs comme divers services officiels. Dans ce cadre, il n’est point surprenant de voir l’évolution des usages et des pratiques sur la Toile qui amplifient la facilité d’échange et de partage mais qui, du même coup, mettent en place une croissance exponentielle des données produites et disponibles aux divers acteurs du monde numérique.
Une étude du Cabinet IDC (voir cet article du Monde pour un résumé en Français) estime qu’actuellement, l’univers numérique consiste en quelques 281 milliards de gigaoctets (Go) de données, soit 45 Go par individu. C’est monumental ! C’est aussi une formidable opportunité pour les entreprises dont le métier dépend de la production comme du partage de ces données.
Mais, en même temps, cet archive en marche continu pose des problèmes. Car l’homme est avant tout un monstre d’oubli et nous risquons de se perdre dans nos propres archives. Malgré le fait que presque la moitié de ces données sont produites directement par les utilisateurs, l’accès ne leur appartient pas. Il dépend des fournisseurs comme des outils et leurs propriétaires. Plus encore, pour y accéder, il faut nécessairement passer par des index ou des moteurs de recherche qui instrumentalisent le contenu et créent des espaces d’oubli ou d’effacement. L’indexation par mot clef ou par algorithme ne suffit pas, car elle institue des hiérarchies pour le moins contestables. Elle modifie même la lecture, dans le sens fort du terme. La recherche de documents multimédia est encore assez primitive et dépend largement des titres, souvent arbitraires, ou des mots clefs associés aux fichiers.
Une seconde dimension des archives numériques pose l’épineux problème de leur statut juridique, de leur intégrité comme de leur préservation. Qui contrôle quoi et qui a le droit de gérer l’accès à ces archives ? Quels sont les usages légitimes de ces archives, par les états comme par les entreprises? Une des solutions à ces difficultés est offerte par les Métadonnées, c’est-à-dire par des représentations formelles et abstraites, par des concepts (auteur, sujet, thème, lieu et date de publication, etc.), qui constituent le point de départ de systèmes automatisé et d’autodécouverte. Mais ces systèmes seront toujours incomplets (le théorème d’incomplétude deGödel).
Comment faire pour que ces archives monumentaux ne deviennent des espaces de silence et des instruments d’oubli?

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